COMMENT LES ARABES SONT ENTRÉS EN AFRIQUE DU NORD ET COMMENT A COMMENCÉ LA TRAITE ARABE DES AFRICAINS.

Il y a une vérité historique que beaucoup n’ont jamais réellement confrontée. Une vérité disséminée dans des chroniques arabes médiévales, dans des travaux d’historiens comme Murray Gordon, John Alembillah Azumah, Tidiane N’Diaye, Bernard Lewis, Ehud Toledano, Paul Lovejoy, Humphrey Fisher, et dans plusieurs études universitaires sur la conquête islamique et la traite orientale.
Une vérité simple, dérangeante, mais indispensable pour comprendre l’histoire réelle de l’Afrique : la traite arabe a commencé plus de 700 ans avant la traite européenne, et elle a duré plus longtemps, touché plus de régions et laissé des blessures dont certaines existent encore aujourd’hui.
Quand les Arabes entrent en Afrique au 7ᵉ siècle, ce n’est pas pour “partager une religion” ou “apporter la civilisation” — ce sont d’abord des conquêtes militaires, méthodiques, stratégiques, expansives.
Et comme toute conquête de l’époque, elle s’accompagne de tributs, de razzias, d’esclavage, d’impôts imposés aux peuples soumis et d’une transformation culturelle profonde.
Nous ne sommes pas ici pour juger, mais pour regarder l’histoire en face, sans rien adoucir, sans rien inventer, juste les faits.
L’entrée des Arabes en Afrique commence par l’Égypte, en décembre 639. Le général Amr ibn al-As marche avec ses troupes sur une province affaiblie de l’Empire byzantin. La conquête est rapide. En 641, Alexandrie tombe. Dans les années suivantes, les conquérants avancent vers la Libye, la Cyrénaïque, puis jusqu’à la Tunisie. Les chroniques anciennes, comme celles d’Al-Baladhuri, racontent le même scénario : après la victoire, les populations doivent payer tribut — argent, blé, bétail et esclaves.
Dans plusieurs zones, la taxe standard est de 360 esclaves noirs par an, un chiffre souvent cité par les historiens spécialisés dans l’esclavage oriental. Ces esclaves ne sont pas seulement destinés au travail : beaucoup seront eunuques, soldats, domestiques, concubines, serviteurs impériaux. La castration, pratique courante dans la traite orientale, est l’un des éléments les plus cruels relevés dans les études de Murray Gordon et Tidiane N’Diaye. Le taux de mortalité lors de cette opération était gigantesque, mais cela n’arrêtait pas la demande.
Dans son ouvrage Le Génocide Voilé, Tidiane N’Diaye explique comment la traite arabe, appelée “traite transsaharienne”, a arraché des millions d’hommes, femmes et enfants à l’Afrique noire pour les envoyer vers le Maghreb, la péninsule Arabique, la Perse, l’Empire ottoman, l’Inde et même la Chine.
La plupart disparaîtront des lignées familiales en raison de la castration massive : voilà pourquoi, contrairement à la traite européenne, il n’existe pas un “monde afro-arabe” comparable aux populations afro-descendantes d’Amérique.
Peu à peu, l’Afrique du Nord se transforme. Islamisation. Arabisation linguistique. Changement des structures sociales. Les Berbères eux-mêmes sont pris dans ce mouvement complexe : certains résistent, d’autres se convertissent, d’autres encore participent à leur tour à la traite vers l’Afrique noire subsaharienne.
Rien n’est simple, rien n’est noir ou blanc. L’histoire ne l’est jamais.
Mais un fait demeure : pendant plus de 12 siècles, la traite orientale a alimenté le monde arabe et ottoman en esclaves africains.
Des millions d’êtres humains.
Les chroniques de géographes arabes comme Al-Maqrizi, Ibn Khaldoun, ou encore Ibn Battuta parlent ouvertement de cette présence massive d’esclaves noirs dans les cours et les marchés : Zanj, Habash, Takruri… autant de noms utilisés pour désigner les populations capturées.
Et pourtant — voici le paradoxe — l’Afrique noire a aussi reçu du monde arabe des apports culturels, commerciaux, architecturaux, religieux qui ont durablement marqué le Sahel, le Soudan, l’Afrique de l’Est.
Les grands empires soudanais ont dialogué, commerçé, parfois combattu avec les dynasties arabes. Des universités comme Tombouctou ont été en interaction avec le monde islamique.
Comme toujours, l’histoire est un mélange de lumière et d’ombre.
Mais ce que beaucoup ignorent — ou n’osent pas dire — c’est que la part sombre a été immense, brutale, et longtemps passée sous silence.
Qu’on le veuille ou non, on ne peut pas comprendre le rapport de certaines régions arabes à la couleur noire, ni certaines tensions actuelles, sans revisiter cet héritage.
Les travaux de John Alembillah Azumah (The Legacy of Arab-Islam in Africa), de Paul Lovejoy, ou de Bernard Lewis montrent comment cette traite a façonné une vision raciale profondément enracinée, bien avant l’arrivée des Européens.
C’est aussi ce que rappellent des auteurs contemporains comme Tidiane N’Diaye, qui invitent les Africains à regarder cette période avec lucidité.
Mais la vérité doit être complète : des conversions sincères ont existé. Des alliances politiques ont existé. Des échanges scientifiques, intellectuels, spirituels ont existé. Des Arabes ont protégé des Africains, tout comme certains Africains ont participé à la traite contre leurs propres frères.
Personne n’est totalement innocent. Personne n’est totalement coupable.
Mais personne ne doit mentir sur les faits.
L’histoire est une maison immense : on n’y vit pas en cassant les murs qui dérangent.
Si un peuple veut avancer, il doit connaître les cicatrices qu’on lui a laissées, mais aussi celles qu’il s’est faites lui-même. C’est seulement là qu’on devient libre. Pas en cherchant des coupables éternels, mais en cherchant la vérité.

PS : Je t’invite toujours à faire ce que les anciens historiens nous conseillent : croiser les sources, lire plusieurs livres, comparer les récits.
C’est seulement ainsi qu’on comprend réellement notre histoire et qu’on ne se laisse plus manipuler par les versions incomplètes ou idéologiques.

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